
Les
différentes maladies du sommeil : syndrome d'apnées
du sommeil
Le syndrome
d'apnées du sommeil est une maladie fréquente (touchant
2 à 5 % de la population), de connaissance relativement récente.

Les mécanismes
Elle est due à des arrêts répétés
de la respiration au cours du sommeil. Ces "apnées"
sont causées par une obstruction dans la gorge dans une région
appelée pharynx.
En effet, les parois du pharynx sont constituées de tissus mous.
Au cours de la veille, le pharynx reste ouvert du fait de la tension
des muscles qui écartent ses parois. Au cours du sommeil, ces
muscles se relâchent ; le pharynx se comporte alors comme un tuyau
mou au travers duquel on cherche à aspirer de l'air. Cette aspiration
entraîne un affaissement des parois du pharynx : l'air passe difficilement,
entraînant des turbulences qui font vibrer les structures de la
gorge, créant ainsi un bruit : c'est le ronflement. Lorsque les
parois du pharynx s'affaissent totalement, l'air ne peut plus passer
du tout : c'est une apnée. Le système respiratoire essaie
de vaincre l'obstacle en aspirant plus fort, ce qui ne fait qu'aggraver
les choses. La respiration ne peut recommencer qu'à la faveur
d'un éveil, qui permet aux muscles du pharynx de se contracter,
et à la gorge de se rouvrir.

Schéma illustrant le passage facile de l'air dans
la gorge normalement ouverte (à gauche), le passage difficile
avec des vibrations dans un pharynx rétréci (au centre)
et le passage impossible dans un pharynx obstrué (à droite).
Le syndrome d'apnées du sommeil comporte plusieurs dizaines,
voire plusieurs centaines d'apnées au cours d'une même
nuit, donc autant d'éveils. Cependant ces éveils sont
habituellement brefs, non mémorisés. Le patient ne se
plaint pas de son sommeil.

Les symptômes
La maladie se manifeste le plus souvent par un ou plusieurs des symptômes
suivants :
- un ronflement qui est souvent particulièrement bruyant, qui
se répète toutes les nuits et occupe toute la nuit ou
presque toute la nuit
- une impression de ne pas être bien reposé, le matin dès
le réveil, et une tendance à s'endormir dès que
l'environnement n'est plus stimulant. En particulier des endormissements
se produisent de façon presque systématique à la
télévision, à la lecture, etc...
- un excédent de poids ; la relation entre excédent de
poids, ronflement et arrêts respiratoires au cours du sommeil
est très forte
- une hypertension artérielle
- des troubles de la mémoire et de l'attention
- des troubles du caractère à type d'irritabilité
- une baisse de la libido, c'est-à-dire un désintérêt
sexuel
- une augmentation de la production d'urine au cours du sommeil, avec
le besoin d'aller aux toilettes une ou plusieurs fois par nuit.
L'ensemble
de ces symptômes constitue un handicap important, pour l'activité
professionnelle, mais aussi pour la vie sociale, en particulier conjugale
et familiale. La somnolence expose à des risques d'accident,
notamment de la circulation. Pour cette raison, la législation
soumet l'obtention ou le maintien du permis de conduire à la
mise en uvre d'un traitement efficace (arrêté du
7 mai 1997).
A long terme, la maladie a des répercussions en particulier sur
le système cardio-vasculaire, dues à la fois aux éveils
répétés et au manque d'oxygène pendant le
sommeil, entraînant une hypertension artérielle. Le risque
d'infarctus et d'attaque cérébrale est plus élevé
chez les personnes qui ont un syndrome d'apnées du sommeil. C'est
sans doute ces complications qui expliquent que, non traitée,
la maladie diminue l'espérance de vie.

Le traitement
Le traitement comporte différentes approches, variables d'un
cas à l'autre.
- dans tous les cas, il faut supprimer (sous contrôle médical)
les causes d'aggravation du ronflement et des apnées, c'est-à-dire
l'alcool le soir et certains médicaments comme les tranquillisants
et les somnifères.
- dans les syndromes d'apnées du sommeil sévères
ou relativement sévères, le traitement le plus efficace,
et dénué de risques, est l'application d'une pression
positive au moyen d'un masque nasal au cours du sommeil. Ce traitement
est contraignant, mais en général bien accepté.
- la perte de poids est indispensable, pour de nombreuses raisons, qui
ne sont pas seulement liées aux apnées du sommeil. Souvent,
elle permet d'améliorer le syndrome d'apnées du sommeil,
parfois au point de pouvoir arrêter le traitement par la pression
positive continue.
- le traitement chirurgical portant sur les tissus mous de la gorge,
en particulier la luette, le voile du palais et les amygdales, est parfois
efficace sur les apnées au cours du sommeil lorsque celles-ci
sont peu nombreuses. Il permet plus fréquemment d'éliminer
le ronflement; cette chirurgie est donc indiquée surtout dans
les cas où le ronflement ne s'accompagne pas ou peu d'apnées.
- un appareil dentaire, amovible, qui ne se porte qu'au cours du sommeil
permet lui aussi souvent d'éliminer le ronflement, ainsi que
les apnées, lorsque celles-ci sont peu nombreuses.
- enfin, comme le ronflement et les apnées surviennent plus volontiers
sur le dos, des traitements visant à éviter de dormir
sur le dos peuvent être utiles. Là encore, ils ne sont
efficaces que lorsque les apnées sont peu nombreuses.

Ce que les proches des malades doivent savoir sur le syndrome d'apnées
du sommeil
Les symptômes de la maladie s'installent de façon très
lentement progressive, et les épisodes d'endormissement involontaire
ne sont pas toujours perçus, ou parfois interprétés
comme un simple signe de fatigue.
Malgré le caractère souvent très impressionnant
des bruits émis au cours du sommeil, les patients eux-mêmes
ne se rendent pas compte de ce qui se passe au cours de leur sommeil.
Il est fréquent qu'ils banalisent ce qui leur arrive, et qu'ils
soient très sceptiques vis-à-vis de ce qu'on leur raconte.
Il faut souvent beaucoup de patience et d'insistance, pour les amener
à consulter un médecin à ce propos.
Les apnées, même si elles sont parfois prolongées
se terminent spontanément; il n'est donc pas nécessaire
de réveiller le patient de façon répétée.
Il est utile également de se souvenir que la distraction et les
oublis fréquents, l'irritabilité, le désintérêt
sexuel ne sont pas des témoignages de mauvaise volonté
ou d'agressivité, mais qu'ils sont directement liés à
la maladie.
Extraits d'enregistrements de la respiration au cours du sommeil.
Ils montrent, dans le cas du syndrome d'apnées du sommeil, l'interruption
répétée (
)
de la respiration (V), et la chute de l'oxygène dans le sang
(SaO2) qui en résulte. Les efforts pour respirer (Po)
persistent durant les apnées.
Information conçue par l'unité des Troubles du sommeil
des hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Professeur Jean Krieger.
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