
Les
différentes maladies du sommeil : la narcolepsie
La narcolepsie
est une maladie rare (environ 0,05 % de la population), qui débute
le plus souvent chez les sujets jeunes (autour de l'adolescence). Elle
se traduit par une somnolence diurne, habituellement associée
à d'autres manifestations.

Les symptômes
La somnolence diurne est un besoin excessif
de dormir en cours de journée. Elle est particulièrement
intense à certains moments, entraînant un endormissement
quasiment incontrôlable en pleine activité. Elle peut avoir
un retentissement social important, tant que sur le plan familial que
professionnel ou scolaire. Elle peut être source d'accidents du
travail ou de la circulation. Pour cette raison, la législation
soumet l'obtention ou le maintien du permis de conduire à la
mise en uvre d'un traitement efficace (arrêté du
7 mai 1997).
Les siestes améliorent transitoirement la somnolence. Les patients
et leur entourage ne réalisent pas toujours que la somnolence
peut être le signe révélateur d'une maladie nécessitant
un traitement spécifique; ceci explique le délai souvent
long avant la première consultation.
Les attaques de cataplexie sont des relâchements
musculaires brusques survenant en plein éveil. Elles peuvent
être localisées (mâchoires, membres supérieurs)
ou généralisées, entraînant alors une chute.
Elles sont souvent déclenchées par une émotion
ou un fou rire.
Les paralysies du sommeil sont des épisodes
survenant au moment du réveil ou de l'endormissement au cours
desquels les sujets sont incapables de bouger alors qu'ils sont mentalement
réveillés. Ces manifestations ne sont pas dangereuses.
Les hallucinations hypnagogiques ou hypnopompiques
surviennent également au moment du réveil ou de l'endormissement.
Ce sont des perceptions visuelles, auditives, voire tactiles ne correspondant
pas à la réalité.
Les perturbations du sommeil nocturne (éveil
en cours de nuit, cauchemars ...) sont fréquentes chez les sujets
narcoleptiques.

Le diagnostic
L'interrogatoire bien orienté, éventuellement
complété par un agenda de sommeil
rempli par le patient pendant quelques semaines, permet en général
de suspecter fortement le diagnostic.
Les enregistrements de sommeil de nuit
et surtout de jour permettent de confirmer le diagnostic. Le "test
itératif de latence d'endormissement", qui consiste à
pratiquer un enregistrement de sommeil à 4 ou 5 reprises dans
une même journée, met en évidence la tendance à
s'endormir très rapidement et la survenue précoce d'un
type particulier de sommeil, le "sommeil paradoxal".
Le groupage HLA se fait sur une prise de
sang. Le principe est le même que la détermination du groupe
sanguin (ABO). Il peut être utile au diagnostic car la quasi-totalité
des patients appartient au même groupe, qui est cependant présent
chez de nombreux sujets sains.
Hypnogramme (organisation du sommeil de 24h) chez un sujet sain comparé
à un narcoleptique.
Chez le
narcoleptique, on note :
- La survenue de plusieurs épisodes de sommeil en cours de journée,
- Une perturbation du sommeil par des éveils en cours de nuit
- Une tendance à la survenue très rapide du sommeil paradoxal,
de jour comme de nuit.

Les mécanismes
Le sommeil normal est constitué de deux états différents
qui alternent au cours de la nuit : le "sommeil lent" pendant
lequel le cerveau semble réellement "au repos" et le
"sommeil paradoxal" pendant lequel il existe une activité
cérébrale intense, correspondant vraisemblablement aux
rêves. Le sommeil paradoxal s'accompagne par ailleurs d'un relâchement
musculaire total et de mouvements rapides des yeux.
Les différents
symptômes de la maladie peuvent s'expliquer par un fonctionnement
anormal des mécanismes cérébraux de régulation
des états de veille et de sommeil. La somnolence diurne est en
effet une survenue anormale du sommeil au cours de la veille alors que
les éveils nocturnes sont une survenue anormale de la veille
au cours du sommeil. Les autres symptômes correspondent à
la survenue au cours de la veille de manifestations normalement propres
au sommeil paradoxal. Les attaques de cataplexie et les paralysies du
sommeil correspondent au relâchement musculaire du sommeil paradoxal
qui survient en pleine veille. Les hallucinations hypnagogiques ressemblent
à des rêves qui surviennent alors que le sujet ne dort
pas. La survenue du sommeil paradoxal très peu de temps après
l'endormissement est également anormale.
La compréhension
de la maladie a fait des progrès très rapides au cours
des dernières années; une maladie du chien qui ressemble
étrangement à la narcolepsie humaine se transmet par un
gène impliqué dans la synthèse de l'orexin (un
neurotransmetteur récemment découvert, synthétisé
par un petit nombre de cellules localisées dans une région
très précise du cerveau). Chez l'homme, les cellules responsables
de la synthèse de l'orexin sont également lésées,
sans doute par un mécanisme plus complexe, en partie génétique,
en partie auto-immunitaire.
Le risque d'avoir une narcolepsie est plus important chez les enfants
de narcoleptiques que dans la population générale, mais
il reste faible. La narcolepsie n'augmente pas le risque de développer
d'autres maladies et ne diminue pas l'espérance de vie.

Le traitement et l'évolution
Le premier traitement consiste à bien gérer son sommeil
en adoptant des horaires de sommeil réguliers et suffisants.
Une ou plusieurs siestes dans la journée permettent en général
de retrouver une vigilance satisfaisante pour une durée plus
ou moins longue.
Des
médicaments corrigent les symptômes de la maladie. Ils
sont différents pour la somnolence et pour la cataplexie. La
stratégie thérapeutique est adaptée à chaque
patient, ce qui nécessite des ajustements successifs.
Les médicaments actuellement utilisés dans la narcolepsie
ont très peu d'effets secondaires. Leur efficacité se
maintient au cours du temps et ils n'entraînent pas de dépendance.
Aucun de ces traitements n'apporte une guérison de la maladie.
Ils permettent uniquement d'en contrôler les symptômes ;
ceux-ci réapparaissent à l'arrêt du traitement.
La narcolepsie peut faire l'objet d'une déclaration d'affection
de longue durée "hors liste".
Information conçue par l'unité des Troubles du sommeil
des hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Professeur Jean Krieger.
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